Pour vous expliquer comment je surmonte un blocage en peinture, j’ai pensé à vous parler de … mon vélo…
Hier je faisais du vélo, et j’avais un plaisir fou. J’ai toujours adoré faire du vélo. Quand on était petits, mes parents nous avaient acheté un grand vélo pour deux avec mon frère. Car les petits tricycles que nous avions étaient dépassés. Ce vélo aux roues rouges il me semble, était un peu grand, mais qu’est-ce qu’on a pu s’amuser (et se chamailler) avec ce vélo ! Et j’ai appris une grande leçon grâce à ce vélo, et à mon frère. Leçon qui m’a servi dans la vie, et dans la peinture.
Je vous en parle aujourd’hui, en espérant qu’elle vous aidera tout comme moi à débloquer et à avancer.
Et lisez jusqu’au bout pour profiter aussi de ma toute dernière démo en peinture et en vidéo !
À chacun son rythme : une parenthèse en enfance
Petite mise en contexte pour vous situer mon histoire.
Nous avions 14 mois de différence avec mon petit frère, mais tout le monde nous prenait pour des jumeaux. Alex était assez grand pour son âge, alors nous avions la même taille. Et puis il faut avouer que nous avions la même petite bouille tous les deux. Donc, facile de s’y méprendre.
Nous habitions dans un petit village, alors notre groupe d’amis était le même. Bref, nous avons fait les 400 coups ensemble durant ces premières années. Et c’est à cette époque que nous avions reçu ce beau vélo commun.
Très vite, mon frère maîtrisa le vélo. Contrairement à moi. Et bien entendu, je me comparais, d’autant plus qu’il était mon petit frère. Je me sentais moins bonne. J’avais l’impression que je contrôlais moins bien que lui. Et souvent, cela me bloquait encore plus. J’osais moins, j’essayais moins fort. « À quoi bon? » murmurait déjà mon critique intérieur…
Et si le vrai blocage en peinture venait d’ailleurs ?
Le mythe de la performance en peinture, comme dans la vie
Vouloir contrôler, avoir peur de gâcher, faire mieux… tout cela sont des freins que notre société nous impose en valorisant la performance et le résultat. On nous fait croire que le plaisir est égoïste, que réussir, c’est produire, plaire, performer. Mais en peinture, comme dans la vie, c’est parfois en désobéissant à ces règles qu’on retrouve la joie, l’authenticité, et qu’on avance vraiment.

Maîtriser ou ressentir : quelle est la meilleure façon d’éviter le blocage en peinture ?
Mais revenons au « grand » vélo aux roues rouges. Très rapidement, mon frère maîtrisa donc la bête. Moi, j’étais plus prudente, j’avais peur de me faire mal. Il faut dire que j’étais assez maladroite (ma mère me surnommait Pierre Richard pour celles qui connaissent). Bref, j’avançais lentement, mais sûrement. Avec le recul, je me rends compte que j’étais plus débrouillarde que la majorité des enfants de mon âge (filles et gars confondus), mais je ne le savais pas à l’époque, mon frère étant ma seule référence (et il excellait dans les activités sportives).
Oser : la clé pour se libérer du blocage en peinture
Pédaler sans les mains… et peindre sans filet
Le temps passa. Nous voilà adolescents. Nous avons chacun notre vélo. Et là, je vois avec envie mon frère être capable de lâcher le guidon sur des centaines de mètres. Et cela paraît facile et stable. J’essaye : impossible ! Mais comment fait-il ?
Comme je suis devenue très persévérante entre temps, et que je déteste quand je sais pertinemment que s’il est capable, je dois l’être aussi, je continue. Mais le vélo tangue, ça me fait peur. Je garde les mains proches du guidon. Je sens que j’y suis presque, mais je ne suis capable de faire que quelques mètres seulement, et ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout, stable.
Je demande à mon frère de m’apprendre (ce qui est arrivé rarement, question d’orgueil de grande sœur j’imagine, haha). Alex n’était pas très pédagogue, alors il se contentait de me montrer. J’observais. Puis, je faisais pareil, mais ça ne marchait pas. Et alors, Alex me dit : « Mais vas-y franchement ! Là tu hésites, ça marchera jamais ! Regarde, si je fais comme toi et que je reste penché sur mon guidon avec les mains proches des poignées, moi aussi mon vélo est instable et je vais me casser la margoulette ».
Lever un blocage en peinture : le secret
J’ai senti qu’il avait raison. Mais j’avais la trouille de me redresser d’un coup, comme il le faisait. Sauf que je savais, au fond de moi, qu’il venait de me donner la clef. Je l’ai observé beaucoup, et puis je me suis lancée… Non mais quel bonheur ! Ça y était. J’étais capable de pédaler sans les mains !!!

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Hier donc, j’ai pédalé à l’aller, en légère montée, avec les mains sur le guidon. Mais pour le retour, eh bien, un beau 5 km sans les mains (sauf quand je croisais quelqu’un bien sûr). Et je pensais à mon petit frère parti rejoindre les anges trop tôt. Grâce à toi, Alex, j’ai compris que dans la vie, même s’il est important de faire attention, il est parfois plus important de prendre des risques et d’oser !
Osez, vous ne risquez rien, à part débloquer votre coup de pinceau!
Le lien avec la peinture est assez évident. Parfois, je veux trop contrôler. Je veux trop faire « comme il faut », ou bien faire comme « l’image dans ma tête ». Je ne veux pas prendre de risques et cherche à tout calculer. Mais finalement, pour découvrir qui je suis, quelles sont mes couleurs, quelles toiles dorment en moi, il faut souvent oser. Se lancer. Lâcher-prise. Lâcher les mains!
Et contrairement au vélo, on ne risque pas de se blesser !
Oui, mais si je n’y arrive pas et que je gâche ma toile ? En effet, c’est non seulement possible, mais très probable. Car contrairement au vélo sans les mains qui fait appel aux lois de la physique (équilibre des masses etc.), en peinture, il n’y a pas de règles de la réussite.

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Le carnet de peinture : un refuge pour débloquer l’élan créatif
Comment surpasser le blocage en peinture ?
C’est là que mon carnet de peinture entre en scène.
Pour ne pas avoir peur de gâcher ma toile, je n’ai qu’à… ne pas peindre sur toile ! Mais sur mon cahier ! Il m’est alors très facile d’oser, de prendre des risques, de découvrir, d’expérimenter. Et de retrouver cet esprit libre et sauvage (attention, je sais que ce terme est vu comme négatif en Amérique du Nord. Pas pour moi. Être sauvage veut dire proche de la nature, pas pollué par la civilisation. Une attitude pure et vraie que l’enfant cultive si bien. Bref, c’est une immense qualité à mes yeux).
Lorsque je peins dans mon carnet, je me sens libre de tout jugement, de toute idée de performance ou de compétition. Je ne ressens aucun blocage comme sur ma toile.
Un détour? Ou un raccourci pour éviter le blocage en peinture ?
Alors lorsque je veux commencer, continuer ou terminer une toile dans cet état d’esprit et que je n’y arrive pas, je reviens sur mon carnet. Et j’alterne : carnet = esprit libre > retour sur la toile. Peur et envie de réussir reviennent et me bloquent ? > Retour sur le cahier / carnet. Etc. Pour voir le processus en action, voici une vidéo qui montre l’évolution de deux créations : l’une sur le carnet et l’autre sur toile.
Conclusion – Et si on osait, un coup de pinceau à la fois ?
Peindre, c’est un peu comme rouler sans les mains. Il y a un moment où il faut cesser d’ajuster, de retenir, de vouloir tout contrôler… et simplement faire confiance au mouvement.
Ce moment de bascule, celui où l’on passe de la peur à la liberté, n’est pas toujours évident. Mais il existe. Il revient même souvent. Et il se cultive, comme on apprend à pédaler, à tomber, à recommencer, jusqu’à ce que ça devienne fluide, joyeux, et même grisant.
Mon carnet est devenu mon terrain d’entraînement, mon laboratoire d’élan. Il me ramène à ce point d’équilibre intérieur d’où l’élan artistique repart. Et vous ? Quelle est votre manière de retrouver cette liberté quand le blocage sur une toile s’installe ? Dites-le moi, ou faites-moi simplement un petit coucou dans les commentaires ci-dessous. Je vous lis toujours avec plaisir (le commentaire n’apparaît pas tout de suite, je dois l’approuver d’abord).

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15 Comments
Bonjour LiliFlore, bonjour à toutes et tous, mon déblocage à moi, ça a été de trouver LiliFlore sur Youtube. Après avoir visionné toutes les vidéos, en avoir revu certaines, je me suis lancée en essayant de faire comme ses doigts … mais ça n’a pas marché comme prévu !
Alors j’ai franchi un autre cap et, sur ses conseils, je me suis inscrites au cours « Couleurs de Rêves » et depuis, je peins tous les jours, parfois qu’un peu, parfois beaucoup.
J’ai compris qu’il fallait « travailler », même si ce travail est un réel plaisir et j’ai vraiment le sentiment de progresser. Modestement mais quand même …
Je souhaite à tout le monde de trouver sa voie et de réussir à lâcher-prise …
Bien amicalement.
Oh wow, merci Isabelle! Et oui, le fait de pratiquer régulièrement, même un petit peu, est la clef! Bravo pour ta mise en pratique immédiate! Longue vie à l’art et à l’artiste!
C’est un beau billet sur ton frère et toi et sur ce que tu as appris! Comme je peins peu, et que c’est surtout de l’intuifif que je fais, je crois que c’est différent, quoique, ça peut s’appliquer aussi. Je te souhaite un bon été dans le lâcher prise! Bises!
Allo Cléo, mais oui, l’intuitif peut parfois avoir ses propres blocages. Moi, c’est généralement dans la phase intuitive que j’ai des blocages. Mais si tu n’as jamais de blocages, Alléluia! C’est le paradis!
Merci pour ton mot et bonne peinture 🙂
Quand je me sent intimidé par la toile, que j’ai peur de me lancer… je regarde mon modèle et je me dis ouf ! Est=ce que je vais y arriver ? Je me met à penser aux toiles que j’ai réussi à réaliser et dont je suis fière, aux beaux commentaires reçus… et je retrouve ma confiance pour oser à teinter ma toile 😉
Oui, nos succès passés sont là pour nous aider, c’est certain! La confiance se gagne un pas à la fois!
On se ressemble beaucoup, toi et moi, sauf que j’étais la petite sœur… Mais mon frère était petit pour son âge, alors on nous prenait aussi pour des jumeaux (on a 15 mois d’écart et on se ressemblait beaucoup). On avait aussi les mêmes amis. Et il était plus sportif et casse-cou que moi, plutôt maladroite! Merci pour cette plongée dans de beaux souvenirs. 🙂
Pour libérer les blocages, moi, je fais souvent autre chose : écriture, photo, danse/arts martiaux. Si je reste dans l’art visuel, je prends mes bâtons de fusain et je me fais plaisir en étalant le noir avec les doigts sur le papier et en retrouvant le plaisir de crayonner sans attentes!
Quand j’enseigne le taiji, je dis toujours qu’il faut pratiquer dans la joie et la bonne humeur, parce qu’on apprend bien mieux ainsi. Et qu’il faut aussi être bienveillant envers soi-même. Chacun a un rythme d’apprentissage différent, et ça débloque souvent d’un coup, par palier. Alors on s’amuse et on se fait du bien avant tout! Le lâcher-prise n’est jamais évident, mais c’est important. Et quand on prend l’habitude de pratiquer ce lâcher-prise via un art plus physique ou corporel (comme le taiji, ou encore la danse), le corps intègre le principe et c’est plus facile de l’appliquer ensuite (souvent sans même y penser) dans nos gestes d’artiste visuelle.
Au fond, je crois que chacun doit trouver sa propre façon de faire, en s’appuyant sur les outils et les trucs qui existent et en les adaptant à soi, à sa nature et à son rythme de vie.
Oh oui, dis-donc, on se ressemble beaucoup! Et oui, tu as tout à fait raison. Pratiquer un autre art, même dans un autre domaine, et aussi très libérateur. Tu vas rire, mais même le fait de changer d’itinéraire à la dernière minute en auto, ça me permet de pratiquer mon lâcher-prise, haha!
Le corps a besoin de vivre et de ressentir le lâcher-prise, autant que l’esprit. Donc, très bon point que tu apportes là. Merci!
Très intéressant ce vidéo pour le blocage, sur cahier et toile ensuite.. je vais essayer ça. Un gros merci!
Ça me fait plaisir! Et n’oubliez pas, un seul essai ne suffit pas, il faut que ça devienne une pratique régulière 🙂
Bonjour Lili!
Cet article m’a beaucoup fait réfléchir, mais beaucoup. Comment on a été élevé à un impact majeur sur nos vies. Oui, en tant qu’adultes, on peut changer ce qui ne nous convient plus mais parfois il reste des marques.
Mon problème en peinture c’est de réussir à lâcher prise. J’ai été élevée dans la discipline et la rigueur, celles de mes parents. Ce que j’entendais souvent : sois raisonnable! J’avoue que souvent ça m’a été utile dans la vie. Mais où c’est le contraire c’est dans la peinture. Mais Lili je m’acharne, car j’aime ça. Je bloque souvent mais heureusement j’ai la tête dure. lol. J’y retourne.
Merci pour ces articles intéressants. Tu n’hésites pas à mentionner des étapes de ta vie, de ton enfance et c’est bien. Tu viens de là.
France xx
La tête dure, je connais ça, et c’est en fait une très belle qualité! Moi itou, j’étais l’aînée, et beaucoup de pression sur le perfectionnisme pesait sur moi, provenant de toute ma famille, même élargie! Il faut ensuite apprendre à grandir et devenir ce que l’on souhaite, et non pas ce que les autres souhaitaient pour nous 🙂
Continue, tu es déjà vraiment sur la bonne voie de ce que je vois dans nos séances Zoom 😉
Bonjour Lili
Très juste mais comment décoincer la bête quand ça coince AUSSI dans le cahier/carnet? 😟
Bonne journée et encore merci pour toutes ces petites bulles inspirées et optimistes.
Peins sur des boîtes de carton ,peins de la main gauche si tu es droitière, peins les yeux fermés, peins avec un jeune enfant pas loin, peins en te lançant comme défi de faire le truc le plus moche que tu n’aies jamais fait, peins en dansant, peins avec de la boue. Bref, joue!
😄