Beaucoup d’artistes pensent qu’il faut terminer une toile avant d’en commencer une autre. J’ai moi-même pensé cela pendant très longtemps. Pourtant, je me suis rendu compte un peu par hasard que travailler sur plusieurs projets en même temps pouvait être très bénéfique.
Mais cette façon de peindre ne convient pas forcément à tout le monde. Et comment éviter de se retrouver avec un atelier rempli de toiles abandonnées ?
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L’article écrit est sous la vidéo.
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Pourquoi travailler sur plusieurs projets en même temps ?
J’ai déjà consacré trois articles aux principales raisons pour lesquelles je travaille rarement sur une seule toile à la fois. Je ne vais donc pas reprendre tous ces points ici.
Travailler sur plusieurs projets permet d’abord de laisser reposer une toile pour retrouver ensuite un regard plus neuf. J’en parle plus précisément dans l’article (avec vidéo de démo de peinture) « Je ne termine presque jamais une toile avant d’en commencer une autre ».
Cela permet aussi d’éviter de continuer à tourner en rond devant une peinture lorsqu’on ne sait plus quoi faire. Vous pouvez retrouver cette réflexion ICI (avec démo en vidéo) : « Que faire quand on tourne en rond sur une toile ? ».
Enfin, le fait de passer d’une toile à l’autre peut aussi nous faire progresser, notamment parce que ce que nous découvrons sur un projet peut nous aider à résoudre un problème sur un autre. C’est le sujet de l’article (avec démo de peinture) ICI: « Pourquoi changer de projet m’aide à progresser en peinture ».
Ces trois avantages sont importants (on en verra également d’autres plus bas), mais travailler sur plusieurs toiles en même temps comporte certains risques.
Les limites de travailler sur plusieurs toiles en même temps
Le risque de se disperser
Le premier risque est tout simplement de se disperser, de se diluer ou de se perdre dans une multitude de projets commencés.
On se met à picorer à droite et à gauche, sans toujours approfondir ce que l’on a commencé.
Il n’existe pas de règle claire permettant de dire qu’avec trois projets on restera concentrée, mais qu’avec cinq on commencera forcément à se perdre. Cela dépend de chaque personne et de son fonctionnement en peinture.
La clé est donc d’être attentive à ce qui se passe en vous. Avez-vous l’impression de vous perdre ou, au contraire, de traverser une période d’exploration et d’apprentissage particulièrement riche ?
Le risque de ne jamais revenir sur une toile
Le deuxième risque est de laisser une toile de côté en se disant que l’on y reviendra plus tard… puis de ne jamais y revenir.
Cela m’arrive surtout avec les grands formats. Sur un petit ou moyen format, dans un carnet ou sur du papier, je finis presque toujours par reprendre le projet. Certaines grandes toiles, par contre, peuvent rester plusieurs mois ou même plusieurs années sans être touchées.
Je finis généralement par les reprendre, soit pour les terminer, soit pour les recouvrir entièrement. Cela ne me dérange pas vraiment, parce que je peins d’abord pour me faire du bien et pour m’amuser.
Mais il faut tout de même être consciente que cette façon de travailler peut devenir une manière d’éviter continuellement les projets qui nous résistent.

Le risque d’avoir trop de choix
Le troisième risque est d’avoir tellement de projets commencés qu’en arrivant dans l’atelier, on ne sait plus lequel choisir.
C’est un peu comme à l’épicerie lorsqu’il y a tellement de choix que tout commence à nous tourner dans la tête et que nous n’avons finalement plus envie de rien prendre.
Quand cela m’arrive, je prends quelque chose presque au hasard et j’y vais.
Le plus important est souvent de commencer à peindre, plutôt que de passer toute la séance à chercher quel projet serait le meilleur choix.
À qui cette méthode convient-elle… ou non ?
Travailler sur plusieurs toiles en même temps ne convient pas à tout le monde de la même façon. Ce n’est pas nécessairement une question de personnalité générale, mais plutôt une question de fonctionnement dans la pratique artistique.
Le fonctionnement « obsessif » : terminer avant de recommencer
Certaines personnes aiment se concentrer sur une seule toile jusqu’à ce qu’elle soit terminée.
J’étais comme cela au début de ma pratique. Tant que je n’avais pas terminé une toile, je ne me donnais pas le droit d’en commencer une autre. Pendant un certain temps, cela me convenait et me motivait même à terminer mes peintures.
Puis cela a commencé à me bloquer. Je n’arrivais pas à terminer une toile et, comme je peignais pour avoir du plaisir, je finissais par préférer ne pas peindre du tout.

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Le fonctionnement « papillon » : passer d’un projet à l’autre
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me donner le droit d’être davantage « papillon », de butiner, d’aller à droite et à gauche et de changer de projet.
Mais ce fonctionnement a lui aussi ses limites. S’il vous permet d’explorer et de peindre avec plaisir, c’est très bien. S’il vous frustre parce que rien ne se termine et que les projets s’accumulent, il est peut-être temps de vous concentrer davantage.
Évoluer entre les deux fonctionnements
On peut aussi évoluer entre ces deux fonctionnements. Certaines périodes de notre vie nous poussent à nous concentrer, alors que d’autres nous donnent davantage envie d’explorer.
Lorsque j’accepte une commande, par exemple, je travaille de façon beaucoup plus concentrée sur une seule toile. Cela ne me frustre pas, parce que j’accepte peu de commandes et uniquement lorsque j’ai beaucoup de liberté et suffisamment de temps.
Le blocage comme signal pour changer de projet
Si vous êtes bloquée devant une toile au point de ne plus peindre, commencer ou reprendre un autre projet peut vous aider à rester en mouvement.
À l’inverse, si vous êtes plutôt papillon, vous forcer à travailler sur une seule toile peut vous donner l’impression d’être prisonnière d’un objectif logique : la terminer.
Personnellement, lorsque je me concentre trop longtemps sur cet objectif, ma créativité diminue. La toile sera peut-être terminée, mais elle risque d’être moins authentique ou moins vibrante, parce que le souffle créatif et l’imagination auront eu moins de place.
La place disponible et le format des projets
La place dont vous disposez entre évidemment en ligne de compte. Dans un petit espace, il peut être difficile d’avoir cinq toiles commencées, surtout si vous aimez les très grands formats.
Mais travailler sur plusieurs projets ne signifie pas nécessairement avoir plusieurs toiles montées sur châssis. Vous pouvez aussi travailler dans un carnet, sur du papier ou sur du carton entoilé. Ces supports prennent peu de place et s’empilent facilement.
Si vous aimez peindre en grand parce que cela libère votre geste, vous pouvez également travailler sur une toile non montée, agrafée temporairement sur un contreplaqué, ou sur un grand rouleau de papier.

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Les avantages auxquels on pense moins
Mieux gérer ses émotions grâce à plusieurs projets
Je peins beaucoup en fonction de ce que je vis et de ce que je ressens. Il arrive donc que j’entre dans mon atelier avec un état d’esprit qui ne correspond pas du tout à la toile que je travaillais la veille.
Si j’ai travaillé sur un paysage mystique, brumeux et assez sombre, mais que le lendemain j’ai envie de quelque chose de joyeux et de très coloré, je vais plutôt sortir un autre projet. Le surlendemain, je pourrai trouver ce projet trop intense et avoir envie de revenir vers quelque chose de plus calme.
Avoir plusieurs projets en parallèle me permet de choisir une toile dont l’énergie correspond davantage à la mienne dans le moment.
Si je m’oblige à travailler sur un projet qui ne correspond pas du tout à mon état intérieur, je risque soit de travailler quand même et de gâcher la toile, soit de ne pas peindre. Dans les deux cas, je ne suis pas vraiment gagnante.
Continuer à peindre malgré un blocage
Une toile peut parfois résister. On ne sait plus quoi faire, on n’a pas les compétences nécessaires pour résoudre un problème ou on n’a simplement pas envie, ce jour-là, de travailler la technique qui serait nécessaire.
Si cette toile est notre seul projet, nous risquons alors de ne plus peindre. Si le blocage se prolonge, nous pouvons perdre notre motivation et notre habitude de peindre.
Le fait d’avoir d’autres projets permet de rester en action. Une toile peut reposer pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois sans que toute notre pratique artistique s’arrête avec elle.
Mieux gérer sa pratique artistique
Depuis que je travaille sur plusieurs projets en même temps, ma pratique est beaucoup plus régulière.
Certaines de mes toiles restent de côté pendant longtemps. Si elles étaient mes seuls projets, ma pratique serait extrêmement irrégulière. Pendant qu’elles attendent, je continue pourtant à peindre sur autre chose.
Travailler sur plusieurs projets permet donc de dissocier la régularité de notre pratique du rythme particulier de chaque toile.
Toutes les peintures n’avancent pas à la même vitesse. Certaines se construisent très rapidement. D’autres demandent plusieurs mois, plusieurs retours et parfois plusieurs années.

Toile diptyque « L’Odyssée » avec Mimi devant.
S’adapter au matériel disponible
Il y a aussi des avantages très concrets.
Si je travaille sur un océan et que je n’ai presque plus de bleu, je dois aller acheter de la peinture ou passer une commande. Si mon océan est mon seul projet, je risque donc de ne pas peindre pendant plusieurs jours.
En ayant plusieurs projets avec des couleurs différentes, je peux regarder ce que j’ai comme matériel et choisir un projet qui correspond aux couleurs disponibles.
Comment travailler concrètement sur plusieurs toiles en même temps ?
Combien de projets peut-on commencer ?
Personnellement, je pense qu’il n’y a pas vraiment de limite universelle. Mais je n’ai pas toujours pensé ainsi.
Au début, je m’étais limitée à quatre projets : un ou deux sur toile et les autres sur papier ou sur carton entoilé. Je sentais qu’au-delà, j’allais me perdre et finir par être frustrée. Cette limite me rassurait.
Si vous avez toujours travaillé sur une seule toile, commencez simplement avec deux projets : deux toiles ou une toile et un projet dans un carnet. Vous pourrez ensuite essayer trois ou quatre projets et observer ce que cela change dans votre pratique.
Aujourd’hui, je ne tiens plus vraiment le compte. Entre mes carnets, mes cartons entoilés et mes toiles, je peux avoir une vingtaine de projets à différentes étapes.
Cela ne me stresse pas. Mais si l’idée d’avoir vingt projets commencés vous fait déjà tourner la tête, ne faites surtout pas cela.
Le bon nombre est celui qui vous donne suffisamment de choix sans vous donner l’impression d’être envahie.
Comment choisir des projets complémentaires ?
J’aime avoir des projets assez différents les uns des autres.
Je peux avoir des toiles dans des teintes froides et d’autres dans des teintes chaudes, des projets calmes et apaisants et d’autres plus éclatants ou mystérieux. Certains seront très abstraits, d’autres plus figuratifs.
Le but n’est pas forcément de créer une collection parfaitement cohérente. Il s’agit plutôt d’avoir plusieurs portes d’entrée vers la peinture.
Quand vous arrivez dans votre espace de création, vous devriez pouvoir choisir entre plusieurs projets qui vous donnent réellement envie de peindre.

Comment éviter d’accumuler les toiles abandonnées ?
Pour éviter d’accumuler trop de toiles abandonnées, je repeins souvent par-dessus.
Si une toile est laissée de côté depuis longtemps et que plus rien ne me vient, je peux décider de la recouvrir complètement et de recommencer autre chose.
Si je l’aime beaucoup, même si elle n’est pas terminée, je peux enlever la toile du châssis, la rouler et la conserver. Je retends ensuite une nouvelle toile sur le même châssis. Vous pouvez aussi revoir vos projets commencés une ou deux fois par année. Certains seront peut-être déjà terminés, d’autres auront besoin de quelques ajustements, et certains pourront être transformés ou recouverts.
Une toile commencée n’est pas nécessairement une dette à terminer. Elle peut aussi être une recherche, une étape, un exercice ou le point de départ d’une autre peinture.
Trouver la façon de peindre qui nourrit votre créativité
Il n’existe pas une seule bonne façon de travailler. Il existe votre façon à vous.
Certaines artistes ont besoin de terminer une toile avant d’en commencer une autre. D’autres ont besoin de plusieurs projets ouverts pour continuer à créer. Beaucoup évoluent entre ces deux façons de faire selon les périodes.
L’essentiel est de rester à l’écoute de ce qui vous fait du bien, de ce qui vous donne envie de peindre et de ce qui nourrit votre créativité.
Si travailler sur une seule toile vous motive, continuez. Si cela commence à vous bloquer ou à vous frustrer, donnez-vous le droit de passer à autre chose. À l’inverse, si l’accumulation des projets commence à vous peser, choisissez-en un et concentrez-vous dessus quelque temps.
La peinture peut aussi servir à s’exercer, à tester, à chercher et à apprendre. Toutes les toiles ne sont pas obligées de devenir de belles œuvres terminées.
La bonne méthode est celle qui vous permet de rester en mouvement, de garder le plaisir de peindre et de continuer à nourrir l’artiste en vous.
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Bonne peinture!

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Questions fréquentes sur le fait de travailler sur plusieurs toiles en même temps
Est-ce une bonne idée de travailler sur plusieurs toiles en même temps ?
Oui, cela peut être très bénéfique. Selon LiliFlore, cette façon de peindre aide notamment à prendre du recul, à sortir d’un blocage et à mieux respecter son énergie du moment. L’article explique aussi dans quels cas cette méthode peut devenir moins aidante.
Combien de toiles peut-on commencer en même temps ?
Il n’existe pas de nombre idéal. LiliFlore conseille de commencer avec deux projets, puis d’observer si cela apporte de la liberté ou, au contraire, de la dispersion. Le bon nombre dépend surtout de votre façon de fonctionner.
Comment éviter d’abandonner les toiles laissées de côté ?
LiliFlore recommande de revoir régulièrement ses projets pour décider lesquels reprendre, transformer ou recouvrir. Une toile laissée de côté n’est pas forcément un échec : elle peut encore devenir autre chose.
Que faire lorsqu’on multiplie les toiles commencées, mais jamais terminées ?
Si cela devient frustrant, LiliFlore suggère de réduire temporairement le nombre de projets et d’en choisir un ou deux à approfondir. L’article montre comment retrouver un équilibre entre exploration et envie de terminer.





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