La peinture m’a sauvé la vie à bien des niveaux. Et je voulais vous parler un petit peu de ça aujourd’hui, et notamment par rapport à un sujet particulier qui est tabou dans nos sociétés : le deuil.
Alors, je vous rassure, ça ne sera pas une vidéo déprimante. Bien au contraire, en fait, ça va être quelque chose rempli d’optimisme.
Plusieurs personnes m’ont écrit avec les années sur ce sujet-là parce que j’en parle de façon très ouverte et très libre, et j’ai eu tout le temps des retours très touchants. Et dernièrement encore, quelqu’un m’en a parlé et je me suis dit que ça vaudrait la peine que je vous donne un peu mes trucs et en quoi la peinture m’a sauvé la vie.
Et pas juste la peinture, l’art en général.
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Cette vidéo va être un petit peu différente de d’habitude parce que je vais pas forcément structurer ça comme je fais d’habitude. D’habitude, j’ai un plan détaillé. Là, j’ai vraiment envie de laisser parler mon cœur. J’avais envie de vous faire cette petite vidéo rapide.
Alors la qualité est un peu moins bonne. Il y a le voisin qui fait du souffleur à feuilles, mais c’est pas grave. Je voulais partager ce moment-là avec vous. C’était important pour moi de le faire, pas dans le perfectionnisme, mais plutôt dans l’intimité (même si c’est public) dans le sens où je voulais rester simple.
Vous pouvez regarder la vidéo, ou bien lire la retranscription ci-dessous. Au choix.
Regarder la vidéo :
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Donc, je dis souvent que la peinture m’a sauvé la vie à plusieurs niveaux.
À la base, quand je dis ça, c’est surtout parce que la peinture m’a beaucoup aidée à lâcher prise, à me reconnecter avec mes émotions et arrêter de faire tourner mon cerveau tout le temps à cent à l’heure.
Mais en fait, ça va un petit peu plus loin que ça. Et j’ai rapidement vu le lien justement avec les différents deuils que j’ai dû faire dans ma vie, et tout ce que la peinture m’a appris et m’a permis de bien faire ces deuils et de transformer ces deuils en quelque chose d’hyper positif.
Ça paraît bizarre à dire comme ça. Je vais arrêter de parler théoriquement et je vais rentrer un petit peu plus dans les exemples concrets.
Celles qui me suivent depuis longtemps, vous le savez, j’ai perdu ma mère quand j’avais quatorze ans. Donc c’est jeune, c’est l’adolescence, c’est difficile. En plus, mes parents étaient séparés, donc on a dû repartir vivre avec mon père.
Donc c’était changement d’école, changement d’environnement, plein de changements. Et c’était très, très perturbant, comme vous pouvez l’imaginer.
Mais à l’époque, je faisais pas de peinture. Il y a deux choses qui m’ont sauvée : la lecture et l’écriture.
Je pourrais analyser tout ça, mais je vais d’abord vous donner un petit peu mes différents exemples et ensuite, je vais vous parler de ce que je crois par rapport à ça.
Ensuite, plus tard, ma grand-mère, bon, même si c’est dans l’ordre des choses parce qu’elle était quand même âgée, elle est décédée. J’avais à ce moment-là trente-deux ans, je pense.
Mais disons que comme ma mère était décédée quand j’étais jeune, ma grand-mère avait pris beaucoup de place dans ma vie, donc ça a été assez difficile.
À cette époque, je peignais déjà et la peinture et l’écriture m’ont à nouveau énormément aidée pour traverser ce deuil.
Plus récemment, mon petit frère est décédé.
J’avais quarante ans et lui trente-neuf. Donc là encore, la peinture et l’écriture m’ont énormément aidée.
Alors, dit comme ça, ça paraît simple. Les gens vont penser que, bah, il suffit de peindre et puis d’écrire et puis de lire et puis ça ira.
Mais j’ai essayé de creuser un petit peu plus pour vous donner ce que j’en pense : pourquoi ça m’a aidée, qu’est-ce qui s’est passé, comment j’ai fait ça.
Et en fait, je crois que la raison, elle est très simple.
La lecture, quand j’étais plus jeune, ça m’a permis de connecter. Ça m’a permis de connecter avec, oui, des situations imaginaires, des personnages imaginaires, mais de connecter avec des adolescents dans ces livres qui, eux aussi, avaient perdu un parent ou deux parents.
De me sentir moins seule et puis même d’échanger dans ma tête. Je leur parlais, à ces personnages-là. D’échanger sur un pied d’égalité.
C’est de pouvoir en parler avec des personnes qui n’allaient pas avoir pitié de moi, se sentir mal à l’aise ou dire des phrases vides de sens.
Donc j’échangeais dans mon imaginaire avec ces personnages-là.
L’écriture m’a beaucoup aidée. C’est ma meilleure amie qui m’avait dit qu’elle écrivait un cahier journal et donc j’avais trouvé ça vraiment intéressant parce que je pouvais écrire ce que je voulais.
Et donc j’écrivais sur mes ressentis, sur mes émotions, mais j’écrivais aussi à ma mère, tout simplement, dans ce cahier.
Donc j’échangeais avec d’autres personnes qui vivaient la même situation et j’écrivais à ma mère.
En faisant ça, j’ai l’impression que j’ai rendu réelle la situation. Parce que quand on perd quelqu’un, c’est irréel, c’est pas réel. Quelqu’un qui est si proche de nous, avec qui on passe autant de temps, que cette personne ne soit plus là, c’est pas possible, c’est pas réel.
Notre cerveau est pas capable de se rendre compte de cette réalité-là.
C’est pour ça d’ailleurs, souvent, dans beaucoup de cultures, le deuil, on dit, dure un an parce qu’il faut passer par toutes les étapes de la vie, toutes les fêtes, tous les anniversaires, toutes les saisons sans la personne pour que ça devienne réel.
Et que oui, on a passé un Noël sans cette personne, un anniversaire sans cette personne, l’hiver sans cette personne. La deuxième année, ben, on a au moins un point de référence sans cette personne.
Mais c’est très difficile pour le cerveau de penser que le monde peut continuer à tourner sans cette personne.
Moi, je me suis rendu compte que si j’échangeais avec des gens qui avaient vécu ça, puis si j’écrivais à ma mère à l’époque en sachant très bien qu’elle est partie, en lui disant : « T’es partie, mais j’ai envie de te dire des choses », eh bien, je change un peu ma réalité.
Mon cerveau comprend mieux que cette personne n’est plus là physiquement, mais qu’elle sera toujours là dans mon cœur.
Parce que quand je lui écris, je lui écris, je lui explique tout. Comme si je lui parlais au téléphone. Tout, tout, tout, tout, tout.
Alors ma grand-mère, en plus, on se parlait tout le temps au téléphone. J’étais déjà au Québec, elle était en France.
La peinture m’a beaucoup aidée parce que là encore, en peignant, je m’exprimais.
Je sortais mes émotions. Je les mettais sur la toile, à ma façon, avec mes couleurs, comme j’avais envie de le faire.
Et quand je lui écrivais, même chose.
Ça crée un lien, un lien qui n’existait pas avant et qui existe maintenant. On passe d’une certaine réalité à une autre. Et dans ces deux réalités, la personne est là, mais différemment.
Alors que si on fait pas ça, si on s’exprime pas, si on n’échange pas avec cette personne une fois qu’elle est partie, on passe d’une réalité où la personne était là à une réalité où la personne n’est plus là.
C’est pas possible, c’est difficile.
Moi, personnellement, actuellement, ma mère, ma grand-mère, mon frère sont avec moi.
Régulièrement, je leur parle, je leur écris. Parfois, c’est juste une petite phrase. Comme aujourd’hui. Aujourd’hui, au moment où je vous fais cette vidéo, c’est peut-être pour ça que j’ai eu le déclencheur.
À un moment donné, j’ai fait un geste quelque part. Je pense que j’étais dans la salle de bain, j’ai fait un geste, j’ai pris ma brosse à dents ou quoi, et j’avais l’impression que mon frère était à côté de moi et qu’il venait de me dire une blague.
Je sais pas la blague exactement, mais j’ai juste ri en pensant à mon frère, comme s’il était à côté de moi et qu’il venait de me dire une blague.
Il est là.
Pourquoi ? Parce que j’ai rendu cette présence invisible possible grâce à la lecture, à l’écriture, à la peinture.
Finalement, je crée une nouvelle réalité. Je crée une nouvelle réalité où ces personnes existent différemment.
Des fois, je me pose des questions et je pose la question à ma mère ou à ma grand-mère ou à mon frère.
Ma grand-mère, je pense que c’est celle à laquelle je parle le plus souvent parce que j’aime beaucoup faire la cuisine aussi. Puis, ben, c’est toujours elle que j’appelais pour avoir des recettes.
Donc régulièrement, je me dis : « Comment ma grand-mère aurait fait ? Mamie, t’aurais fait ça comment ? » Puis j’essaie d’imaginer qu’est-ce qu’elle m’aurait répondu.
Mon frère, j’essaie de le solliciter sur d’autres choses. Quand c’est une question de faire du sport, quand c’est une question de chance, de confiance.
Ma mère, dernièrement, c’est vrai, depuis quelques années, je la consulte moins.
J’ai l’impression que… je sais pas. Elle se repose ou elle a besoin de prendre un petit peu de temps pour elle.
Et je lui ai dit à un moment donné dans un de mes rêves : « C’est correct. Je suis correcte, tout va bien. »
Mais si j’ai besoin d’elle, je lui parle, je lui écris, je peins en pensant à elle et elle est là.
C’est vraiment magique, c’est puissant cette présence-là, ces présences-là.
Mon grand-père aussi, on était moins proches, mais quand même.
Et toutes ces personnes-là m’accompagnent et toutes ces personnes-là sont là pour me féliciter quand je réussis quelque chose, sont là pour m’entourer de leur énergie quand je suis triste, elles sont là pour m’aider à me calmer si je suis en colère.
Je les sens constamment.
Mais c’est pas arrivé tout seul, il a fallu que je crée cette réalité.
Et comme je vous le disais, m’exprimer sur le sujet, en parler à d’autres personnes imaginaires ou réelles, vous en parler.
J’en parle souvent dans mes articles de blog, dans mes vidéos. Je m’ouvre par rapport à ça parce que de vous en parler, c’est donner de la réalité à ces personnes-là qui ont été importantes dans ma vie et qui le sont encore, mais d’une autre façon.
Leur écrire pour continuer d’avoir un lien avec elles. Et puis peindre pour exprimer toutes ces choses qu’on peut pas exprimer avec des mots.
Alors, je vous dis pas que c’est la solution.
Moi, personnellement, je trouve, je pense que j’ai bien fait mes deuils. J’ai une belle relation avec ces personnes-là qui sont parties officiellement, mais qui font toujours partie de ma vie.
Elles m’aident, elles sont là.
J’ai plus de tristesse. Ça peut m’arriver, c’est normal. Ça peut m’arriver, mais c’est rare.
C’est plus une tristesse de, on va dire, du mental qui projette, qui dit : « Ah, j’aurais bien aimé vivre telle chose ou telle chose. »
Mais dans la réalité, quand je suis dans mes émotions du moment présent, il n’y en a pas de tristesse.
Quand je suis dans ma tête, ça peut arriver, mais quand je suis là et que je les sens autour de moi, qui sont là… Je peux pas dire qu’ils me regardent, mais qui sont là, leurs énergies sont là, je sais que je suis à ma place.
Fait que si jamais vous vivez des deuils, moi, je vous encourage beaucoup, beaucoup, beaucoup à créer une nouvelle réalité où ces personnes sont présentes.
Autrement dit, on accepte qu’elles ne sont plus réelles physiquement, mais on en parle. On parle d’elles, on leur écrit, on échange. On les questionne quand on a envie d’avoir leurs réponses et ça fait qu’on est toujours ensemble.
Alors, bon, il y en a qui vont me dire : « Ça fait peut-être un peu schizophrène », mais c’est pas grave, j’assume.
Voilà.
J’espère que si vous vivez des choses difficiles, **cette petite vidéo** vous aidera.
C’est un très mauvais moment à passer, le temps que cette nouvelle réalité se construise. Mais je vous encourage grandement à faire ce travail-là parce que sinon, ça peut durer très longtemps. Ça peut durer des années, cette période de transition difficile.
Après, on est tous différents.
Peut-être que ce que je vous dis, ça vous parle pas, peut-être que ça vous fâche. Puis j’en suis bien désolée.
Moi, mon but, c’était de vous donner un peu mes trucs à moi. Et puis après, vous en faites ce que vous voulez.
Mais sincèrement, peinture, écriture, lecture, moi, ça m’a sauvé la vie.
Ça m’a sauvé la vie.
N’hésitez pas à m’écrire dans les commentaires, je suis toujours ravie d’échanger avec vous. Le message n’apparaîtra pas tout de suite: je dois l’approuver d’abord.
À plus pour le prochain article / vidéo qui sera plus « classique ».

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